Comprendre les transformations nucléaires

Identifier des isotopes, distinguer fusion et fission et relier les transformations nucléaires aux conversions d’énergie.

Environ 35 minutes

  • Lire la composition d’un noyau et identifier des isotopes
  • Contrôler une équation nucléaire simple
  • Distinguer transformation physique, chimique et nucléaire
  • Relier Soleil et centrale nucléaire aux transformations de noyaux
Sommaire
  1. Lire un noyau et reconnaître des isotopes
  2. Contrôler l’écriture d’une réaction nucléaire
  3. Distinguer fusion et fission
  4. Relier transformation et conversion d’énergie
  5. Choisir le modèle à partir de ce qui change

Faire fondre un métal et produire de l’énergie dans le Soleil modifient-ils la matière de la même façon ?

Les changements d’état conservent les molécules ; les réactions chimiques redistribuent des atomes ; les transformations nucléaires modifient des noyaux. Pour les distinguer, la quantité d’énergie libérée ne suffit pas : il faut identifier les objets transformés. Dans ce chapitre, nous utilisons la composition des noyaux, des équations fournies et des schémas. Les modèles étudiés rendent compte de phénomènes très différents de la vie courante, sans demander de manipulation de source radioactive.

Lire un noyau et reconnaître des isotopes

Un noyau contient des protons, chargés positivement, et des neutrons, sans charge électrique. Ces particules sont les nucléons. Le numéro atomique Z est le nombre de protons ; il définit l’élément chimique. Le nombre de masse A est le nombre total de nucléons. Le nombre de neutrons vaut donc A − Z. Dans l’écriture conventionnelle d’un noyau, le symbole de l’élément est accompagné de A en haut à gauche et de Z en bas à gauche ; dans les équations ci-dessous, les indices sont indiqués explicitement lorsque nécessaire.

Deux noyaux sont isotopes s’ils ont le même nombre de protons et des nombres de neutrons différents. Ils appartiennent donc au même élément, avec un même Z et des A différents. Le carbone 12 et le carbone 14 sont deux isotopes du carbone. Cette différence de composition nucléaire ne doit pas être confondue avec une différence de charge d’ions : gagner ou perdre un électron modifie le cortège électronique, pas le noyau.

Même numéro atomique Z = 6, mais nombres de neutrons différents : carbone 12 et carbone 14 sont isotopes. Les tailles des noyaux sont schématiques.

Exemple résolu

Les noyaux carbone 12 et carbone 14 ont tous deux Z = 6. Déterminer leur composition et justifier leur relation.

  1. Étape 1 : Carbone 12 : six protons et 12 − 6 = 6 neutrons.
  2. Étape 2 : Carbone 14 : six protons et 14 − 6 = 8 neutrons.
  3. Étape 3 : Les nombres de protons sont égaux, tandis que les nombres de neutrons diffèrent.

Résultat : Ces noyaux sont isotopes : ils ont le même élément carbone, mais respectivement six et huit neutrons.

Piège à éviter : Le nombre de masse compte tous les nucléons ; le lire comme le seul nombre de neutrons ajoute à tort six particules dans chaque noyau.

L’atome neutre associé possède Z électrons, mais l’équation d’une réaction nucléaire suit d’abord les noyaux. Un isotope n’est pas nécessairement radioactif : le mot isotope exprime une comparaison de composition, pas une instabilité. Une transformation nucléaire peut être spontanée ou provoquée par une interaction avec une particule. Ici, la priorité est de reconnaître les changements de noyaux à partir d’une description ou d’une équation donnée.

À toi d'essayer

Un noyau d’oxygène 16 a Z = 8 ; un noyau d’azote 16 a Z = 7. Sont-ils isotopes ?

Voir la réponse

Non. Ils ont le même A = 16, mais des Z différents : huit et sept protons. Ce sont deux éléments différents. L’oxygène 16 a huit neutrons et l’azote 16 en a neuf.

Contrôler l’écriture d’une réaction nucléaire

Dans les réactions nucléaires simples étudiées ici, on vérifie la conservation du nombre total de nucléons et de la charge électrique. Pour les noyaux et les neutrons figurant dans nos exemples, cela revient à conserver les sommes des A et des Z. Un neutron est noté ¹₀n : il compte un nucléon et porte une charge nulle. Les éléments chimiques peuvent changer ; conserver chaque élément, comme dans une réaction chimique, serait donc un mauvais contrôle.

Une équation qui respecte ces deux conservations n’est pas pour autant une preuve que la réaction se produit dans n’importe quelles conditions. Elle décrit un bilan possible dans une situation documentée ; les conditions physiques et la probabilité de la réaction comptent aussi. À notre niveau, on vérifie une équation fournie et on classe la transformation. On ne déduit pas l’existence d’un procédé industriel en inventant simplement des noyaux dont les nombres s’additionnent.

Exemple résolu

On fournit la réaction de fusion ²₁H + ³₁H → ⁴₂He + ¹₀n. Vérifier les conservations et identifier les noyaux d’hydrogène.

  1. Étape 1 : À gauche, le nombre total de nucléons est 2 + 3 = 5 ; à droite il vaut 4 + 1 = 5.
  2. Étape 2 : La somme des numéros atomiques vaut 1 + 1 = 2 à gauche et 2 + 0 = 2 à droite.
  3. Étape 3 : Les deux noyaux d’hydrogène ont le même Z = 1 mais des A différents : ce sont des isotopes.
  4. Étape 4 : L’un possède un neutron et l’autre deux ; un noyau d’hélium et un neutron apparaissent dans le bilan.

Résultat : Les deux conservations sont vérifiées. Les noyaux initiaux sont le deutérium et le tritium, deux isotopes de l’hydrogène.

Piège à éviter : Le neutron émis ne peut pas être oublié : sans lui, le bilan des nucléons donnerait cinq à gauche contre quatre à droite.

Vers le bac : lire une équation nucléaire

  1. Repérer chaque noyau et noter ses deux nombres A et Z, sans les intervertir.
  2. Additionner séparément les A puis les Z de chaque côté.
  3. Identifier la transformation d’après les noyaux initiaux et finaux, pas d’après la présence d’une flèche.
  4. Conclure sur le bilan vérifié ; les conditions réelles restent celles du document ou de l’expérience décrite.

À toi d'essayer

On fournit le bilan de fission ²³⁵₉₂U + ¹₀n → ⁹⁰₃₆Kr + un noyau X + 2 ¹₀n. Déterminer A et Z du noyau X. Le baryum possède Z = 56.

Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.

Distinguer fusion et fission

La fusion réunit des noyaux légers pour former un noyau plus lourd, éventuellement avec émission d’autres particules. La réaction deutérium-tritium est un exemple d’étude de fusion ; elle ne décrit pas directement la chaîne principale de réactions du Soleil. Dans le Soleil, des réactions successives convertissent globalement des noyaux d’hydrogène en noyaux d’hélium. Les conditions du cœur permettent ces transformations et l’énergie convertie finit notamment par être rayonnée vers l’espace.

Fusion et fission modifient les noyaux. Les disques distinguent les noyaux impliqués, sans représenter leur composition détaillée ni tous les produits émis.

La fission scinde un noyau lourd en noyaux plus légers, avec émission possible de neutrons. Dans une centrale à fission, certains noyaux du combustible peuvent subir cette transformation après absorption d’un neutron. Les neutrons émis peuvent provoquer d’autres fissions : c’est le principe d’une réaction en chaîne. Dans un réacteur, la réaction est contrôlée ; l’énergie libérée se transmet au milieu et permet une production thermique, puis électrique selon l’installation.

Exemple résolu

Une fission est modélisée par ²³⁵₉₂U + ¹₀n → ¹⁴¹₅₆Ba + ⁹²₃₆Kr + 3 ¹₀n. Vérifier et interpréter cette équation donnée.

  1. Étape 1 : Le noyau initial lourd est l’uranium 235 ; un neutron incident est aussi présent à gauche.
  2. Étape 2 : Nucléons : 235 + 1 = 236 ; à droite, 141 + 92 + 3 × 1 = 236.
  3. Étape 3 : Charges : 92 + 0 = 92 ; à droite, 56 + 36 + 3 × 0 = 92.
  4. Étape 4 : Les noyaux produits sont plus légers et trois neutrons figurent parmi les produits.

Résultat : Il s’agit d’une fission dont le bilan conserve nucléons et charge. Cette équation est un canal d’exemple, pas l’unique partage possible des produits de fission.

Piège à éviter : Le coefficient 3 multiplie le nombre de neutrons produits ; il ne change pas la composition d’un neutron individuel.

Fusion ne veut pas dire fusion d’un solide. Dans une transformation physique, le mot fusion signifie le passage du solide au liquide. En physique nucléaire, il désigne une réunion de noyaux. Le contexte et les objets transformés lèvent l’ambiguïté. De même, le Soleil ne brûle pas son hydrogène par combustion avec du dioxygène : une combustion est une réaction chimique entre espèces, tandis que l’énergie solaire étudiée ici provient de réactions nucléaires.

Relier transformation et conversion d’énergie

Une transformation nucléaire qui libère de l’énergie ne crée pas cette énergie à partir de rien. Elle convertit de l’énergie liée à l’état des noyaux. Une partie se retrouve notamment sous forme d’énergie de mouvement des produits et de rayonnements, puis peut être transférée au milieu. Les masses au repos des produits et des réactifs ne sont pas rigoureusement identiques ; leur différence est liée au bilan énergétique. Conserver le nombre de nucléons ne revient donc pas à affirmer l’égalité exacte des masses au repos.

Dans une centrale, il faut distinguer la réaction dans le combustible, les transferts thermiques, le mouvement d’une turbine et la production électrique par un alternateur. La turbine ne provoque pas la fission et un alternateur ne transforme pas directement des noyaux en courant. Dans le Soleil, l’énergie rayonnée rejoint l’environnement après des transferts internes. Deux usages énergétiques peuvent ainsi reposer sur des réactions nucléaires différentes : fission dans les centrales étudiées, fusion dans le Soleil.

Pour exploiter un document énergétique, commence par préciser la grandeur : une énergie s’exprime par exemple en joules, une puissance en watts représente une énergie transférée par unité de temps. Une valeur élevée ne permet pas seule de classer une transformation. Une grande quantité de combustible chimique peut libérer beaucoup d’énergie ; le critère nucléaire reste la modification des noyaux. Toute comparaison doit annoncer des quantités comparables et les limites du système considéré.

Attention :

L’étude de documents et de modèles ne demande aucune manipulation de source radioactive. Une expérience sur une source relève de dispositifs et de règles spécifiques ; on ne recherche pas de matériau radioactif pour reproduire ces phénomènes.

Choisir le modèle à partir de ce qui change

Pour classer une transformation, observe les objets conservés. L’eau qui se vaporise garde les molécules H₂O : transformation physique. Le méthane qui réagit avec le dioxygène forme notamment CO₂ et H₂O : transformation chimique, les noyaux des atomes gardent leur identité. La fission d’uranium forme de nouveaux noyaux : transformation nucléaire. Le fait qu’une transformation chauffe son environnement ne tranche aucune de ces trois catégories.

À toi d'essayer

Un document décrit un métal qui fond sous l’effet de l’énergie fournie par un réacteur à fission. Le métal subit-il nécessairement une transformation nucléaire ?

Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.

Vocabulaire

Isotopes :
Noyaux d’un même élément, de même Z mais de nombres de neutrons différents.
Nucléon :
Proton ou neutron, constituant du noyau.
Fission :
Transformation au cours de laquelle un noyau lourd se scinde en noyaux plus légers.
Fusion nucléaire :
Transformation réunissant des noyaux légers et pouvant émettre d’autres particules.

Bilan des raisonnements

TransformationObjet dont l’identité change
PhysiqueL’organisation ou l’état change ; les espèces restent les mêmes.
ChimiqueLes espèces changent, avec redistribution des atomes.
NucléaireLa composition des noyaux change.

À retenir

  • Des isotopes ont même Z et des nombres de neutrons différents.
  • Dans les réactions nucléaires étudiées, le nombre total de nucléons et la charge électrique sont conservés.
  • Le Soleil convertit de l’énergie par fusion nucléaire ; les centrales à fission scindent des noyaux lourds.

Fiche de révision

Sur une notation nucléaire, lis d’abord Z pour l’élément, puis calcule les neutrons avec A − Z.

Pour contrôler une équation, fais deux additions indépendantes : nucléons puis charges.

Pour classer un phénomène, demande ce qui change : état, espèces chimiques ou noyaux ; précise le système.

Questions fréquentes

Tous les isotopes sont-ils radioactifs ?

Non. Isotope signifie même élément avec un nombre de neutrons différent. La stabilité est une autre propriété du noyau.

Le Soleil est-il une combustion ?

Non. L’énergie solaire étudiée ici provient de réactions nucléaires de fusion, et non d’une réaction chimique de combustion avec du dioxygène.

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