Modéliser le hasard
Un modèle probabiliste distingue les hypothèses sur le hasard des fréquences observées dans une expérience.
Environ 40 minutes
- Décrire un univers et vérifier une loi de probabilité.
- Calculer avec une union, une intersection et un événement contraire.
- Distinguer probabilité, fréquence et simulation.
Une fréquence de 57 % prouve-t-elle qu’une pièce est déséquilibrée ?
Un modèle probabiliste distingue les hypothèses sur le hasard des fréquences observées dans une expérience. Tu construiras une loi finie, combineras des événements et interpréteras une simulation sans transformer ses fluctuations en certitudes.
1. Construire un modèle du hasard
Une expérience aléatoire est une expérience dont on ne connaît pas l’issue à l’avance, même si l’on peut préciser les résultats possibles. L’univers, noté Ω, réunit ces issues. Un événement est une partie de cet univers. Pour un dé, obtenir un nombre pair est un événement composé de plusieurs issues. Décrire l’expérience avec précision évite les ambiguïtés : lancer un dé, noter sa face supérieure, ou noter seulement sa parité ne donne pas le même univers.
Un modèle probabiliste associe une probabilité à chaque issue. Dans un univers fini, ces nombres sont positifs ou nuls et leur somme vaut un. La probabilité d’un événement est la somme des probabilités des issues qui le composent. Le modèle traduit des hypothèses sur la situation ; il ne se confond pas avec l’objet réel. Un dé déclaré équilibré justifie le choix de six probabilités égales dans le modèle, pas une preuve expérimentale absolue sur un objet matériel.
Vocabulaire
- Issue :
- Résultat élémentaire retenu pour décrire une expérience.
- Événement :
- Ensemble d’issues répondant à une condition.
- Loi de probabilité :
- Attribution de probabilités aux issues, toutes positives ou nulles et de somme un.
L’équiprobabilité signifie que toutes les issues du modèle ont la même probabilité. Dans un univers fini de N issues équiprobables, chacune a pour probabilité 1/N. On peut alors calculer la probabilité d’un événement en divisant son nombre d’issues par N. Sans cette hypothèse, compter les issues favorables ne suffit pas : il faut additionner leurs probabilités respectives.
2. Calculer avec une loi non uniforme
Exemple résolu
Un dispositif fictif produit une issue 1, 2, 3 ou 4 avec les probabilités 0,1, 0,2, 0,3 et 0,4. Vérifier cette loi et calculer la probabilité d’obtenir une issue paire.
- Étape 1 : Les quatre probabilités sont comprises entre zéro et un. Leur somme est 0,1 + 0,2 + 0,3 + 0,4 = 1.
- Étape 2 : Les issues paires sont 2 et 4. L’événement correspondant est donc {2 ; 4}.
- Étape 3 : Additionner les probabilités de ces deux issues : 0,2 + 0,4 = 0,6.
- Étape 4 : Contrôler avec l’événement contraire : les issues impaires ont une probabilité 0,1 + 0,3 = 0,4, et 0,6 + 0,4 = 1.
Résultat : La loi est valide et la probabilité d’une issue paire est 0,6.
Piège à éviter : Deux issues favorables sur quatre ne donnent pas ici 1/2 : les issues ne sont pas équiprobables.
Une probabilité de zéro correspond à un événement impossible dans le modèle fini si toutes les issues retenues ont une probabilité strictement positive. Une probabilité de un correspond à un événement certain dans ce cadre. Il faut cependant rester attentif au choix du modèle et de l’univers. Un résultat matériel inattendu, comme un objet qui se bloque, peut révéler que la description initiale de l’expérience était incomplète.
À toi d'essayer
Sur les issues A, B, C, les probabilités de A et B sont respectivement 0,25 et 0,45. Retrouve celle de C, puis la probabilité de ne pas obtenir B.
Voir la réponseMasquer la réponse
P(C) = 1 − 0,25 − 0,45 = 0,30. La probabilité de ne pas obtenir B vaut 1 − 0,45 = 0,55.
3. Combiner des événements avec et, ou, non
L’intersection A ∩ B est l’événement où A et B sont réalisés ensemble. L’union A ∪ B est l’événement où A ou B est réalisé, éventuellement les deux. L’événement contraire de A réunit les issues où A n’est pas réalisé. Sa probabilité vaut 1 − P(A). Deux événements incompatibles n’ont aucune issue commune. Pour eux, la probabilité de leur union est la somme de leurs probabilités.
Dans le cas général, additionner P(A) et P(B) compte deux fois les issues communes. Il faut donc retrancher une fois la probabilité de l’intersection : P(A ∪ B) = P(A) + P(B) − P(A ∩ B). Un inventaire des issues est souvent plus clair qu’une formule utilisée sans comprendre. Les mots français et, ou et non donnent directement les opérations sur les ensembles.
Exemple résolu
On lance un dé équilibré. A signifie obtenir un nombre pair, B obtenir un nombre supérieur ou égal à 4. Déterminer les probabilités de A ∩ B et A ∪ B.
- Étape 1 : L’univers est {1 ; 2 ; 3 ; 4 ; 5 ; 6}, avec six issues équiprobables. A = {2 ; 4 ; 6} et B = {4 ; 5 ; 6}.
- Étape 2 : Les issues communes sont 4 et 6, donc P(A ∩ B) = 2/6 = 1/3.
- Étape 3 : La réunion est {2 ; 4 ; 5 ; 6}, donc P(A ∪ B) = 4/6 = 2/3.
- Étape 4 : La formule confirme : 3/6 + 3/6 − 2/6 = 4/6.
Résultat : L’intersection a pour probabilité 1/3 et l’union 2/3.
Piège à éviter : Interpréter ou comme un choix exclusif ferait oublier les issues 4 et 6 qui réalisent les deux événements.
À toi d'essayer
Sur un dé équilibré, C signifie obtenir moins de 3 et D obtenir plus de 4. Calcule P(C ou D) et explique pourquoi on peut additionner directement.
Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.
4. Fréquence observée et probabilité du modèle
La fréquence d’un événement au cours de n répétitions est le nombre de ses réalisations divisé par n. Elle dépend des résultats observés. La probabilité appartient au modèle et ne change pas à chaque répétition. Pour une pièce modélisée comme équilibrée, la probabilité de pile reste 1/2 même si les dix premiers lancers donnent sept piles. Une fréquence de 0,7 dans ce petit échantillon n’est donc pas une contradiction logique du modèle.
Une version intuitive de la loi des grands nombres indique que, lorsque l’on répète l’expérience dans les mêmes conditions et de façon indépendante, la fréquence tend à se stabiliser près de la probabilité quand le nombre de répétitions devient grand. Cela ne promet ni une égalité exacte, ni un rapprochement à chaque nouveau lancer. Des fluctuations subsistent. Augmenter la taille de l’échantillon améliore généralement l’observation, sans garantir un résultat précis pour un échantillon particulier.
Exemple résolu
Une pièce est modélisée comme équilibrée. Dans une expérience fictive de 100 lancers, on observe 57 piles. Calculer la fréquence et discuter ce qu’elle permet de conclure.
- Étape 1 : La fréquence de pile vaut 57/100 = 0,57. Elle décrit uniquement les cent lancers observés.
- Étape 2 : La probabilité théorique sous le modèle est 0,50. L’écart observé vaut 0,07, soit sept points de pourcentage.
- Étape 3 : Un tel résultat est possible dans le modèle : une fréquence finie n’est pas obligée d’être égale à la probabilité.
- Étape 4 : Pour étudier l’adéquation du modèle, on aurait besoin d’un protocole et de davantage d’observations, sans confondre cette démarche avec une démonstration certaine.
Résultat : La fréquence observée est 57 % ; elle ne prouve à elle seule ni l’équilibre ni le déséquilibre de la pièce.
Piège à éviter : Remplacer la probabilité par la fréquence d’une seule série confond le modèle avec son observation.
Pour un phénomène dont on ne connaît pas une symétrie pertinente, on peut proposer un modèle à partir de fréquences observées sur un grand nombre d’essais. Ce choix reste une estimation empirique et dépend de la stabilité du protocole. Une punaise n’a pas deux issues nécessairement équiprobables simplement parce qu’on distingue pointe vers le haut et pointe sur le côté. Le nombre de catégories ne justifie jamais à lui seul des probabilités égales.
À toi d'essayer
Une machine propose quatre issues. Un camarade leur attribue toutes 1/4 parce qu’il y en a quatre. Quelle information manque pour justifier son choix ?
Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.
5. Vers le bac : simuler et discuter le modèle
Vers le bac : organiser un raisonnement probabiliste
- Décrire l’expérience et l’univers, puis écrire les hypothèses : équilibre d’un objet, tirage uniforme ou loi non uniforme fournie.
- Traduire l’événement en ensemble d’issues ou en opérations et, ou, non. Choisir ensuite le calcul adapté.
- Pour une simulation, préciser le nombre d’essais et ce qui est compté. Calculer une fréquence, en la distinguant de la probabilité utilisée pour programmer.
- Conclure à la portée exacte du résultat : calcul dans un modèle ou observation dans un échantillon. Discuter les limites sans transformer un résultat isolé en certitude.
Avec Python, la fonction randrange(2) du module random produit un entier 0 ou 1 dans un modèle uniforme. Une boucle répète ce tirage, additionne les 1 puis divise le compteur par le nombre d’essais. On peut enregistrer les fréquences à différentes tailles d’échantillon. Fixer une graine permet de reproduire une série pour vérifier un programme ; cela ne crée pas une preuve sur une pièce réelle. Pour tester le programme, on vérifie notamment que le compteur reste entre zéro et le nombre d’essais.
Erreurs fréquentes : supposer l’équiprobabilité sans justification ; oublier une issue dans l’univers ; compter deux fois une intersection ; annoncer que les résultats doivent compenser les précédents. Dans le modèle de lancers indépendants, une série passée de piles ne rend pas face obligatoire au lancer suivant.
Bilan des démarches
| Question | Outil et vérification |
|---|---|
| Modèle | Univers et probabilités de somme un. |
| Événement | Somme des probabilités des issues concernées. |
| Observation | Fréquence dépendant du nombre d’essais et des résultats. |
À retenir
- Dans un univers fini, une loi associe aux issues des probabilités positives ou nulles dont la somme vaut 1. La probabilité d’un événement est la somme de celles de ses issues.
- Le quotient nombre d’issues favorables sur nombre total d’issues suppose l’équiprobabilité.
- P(non A) = 1 − P(A) et P(A ∪ B) = P(A) + P(B) − P(A ∩ B).
- Une fréquence dépend des résultats observés. Pour de nombreuses répétitions indépendantes du même modèle, elle est généralement proche de la probabilité, sans rapprochement obligatoire à chaque essai.
Fiche de révision
Commence par définir ce qui est observé et par vérifier que toutes les issues sont prises en compte.
Le quotient nombre favorable sur nombre total suppose des issues équiprobables ; sinon, additionne leurs probabilités.
Pour une union, enlève une fois l’intersection déjà comptée deux fois. Pour un contraire, retranche sa probabilité à un.
Une fréquence est un résultat d’expérience. Sa stabilisation est une tendance sur de grands échantillons, pas une compensation obligatoire après chaque essai.
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