Nombres réels et intervalles
Comment décrire tous les nombres autorisés par une condition, sans en oublier entre deux graduations ?
Environ 40 minutes
- Classer des nombres et justifier les inclusions.
- Traduire des inégalités en intervalles et combiner des contraintes.
- Démontrer la non-décimalité de 1/3 et l’irrationalité de √2.
- Encadrer une racine et distinguer encadrement et arrondi.
Comment décrire tous les nombres autorisés par une condition, sans en oublier entre deux graduations ?
Une température, une longueur ou une abscisse peut prendre une infinité de valeurs. Une liste de nombres ne suffit donc pas pour décrire toutes les possibilités. On va distinguer les familles de nombres, représenter des ensembles sur une droite et traduire des contraintes avec des intervalles. Tu utiliseras les fractions du collège et les comparaisons de nombres relatifs. L’enjeu est de comprendre ce que signifie chaque écriture, puis de choisir une notation qui décrit exactement la même situation.
Reconnaître la nature d’un nombre
L’ensemble ℕ contient les entiers naturels 0, 1, 2, 3 et ainsi de suite. L’ensemble ℤ contient aussi leurs opposés, comme −1 et −12. Les naturels sont donc des entiers relatifs. Le symbole ∈ signifie appartient à ; par exemple −3 ∈ ℤ. Le symbole ⊂ exprime une inclusion entre ensembles ; on écrit ℕ ⊂ ℤ. Un nombre est un élément, tandis qu’un ensemble est une collection d’éléments. On évite donc de remplacer le symbole d’appartenance par celui d’inclusion.
Un nombre décimal possède une écriture décimale finie. Il peut s’écrire a/10ⁿ, où a est un entier relatif et n un entier naturel. Par exemple −2,75 = −275/100. L’ensemble de ces nombres se note 𝔻. Un rationnel est un nombre qui peut s’écrire comme quotient de deux entiers, avec un dénominateur non nul ; leur ensemble est ℚ. Tout décimal est rationnel, mais la réciproque est fausse. Le nombre 1/3 en fournit un exemple essentiel.
L’ensemble ℝ correspond aux abscisses de tous les points d’une droite graduée. Il contient les rationnels et les irrationnels. Un irrationnel ne possède aucune écriture comme quotient de deux entiers. √2 et π sont des exemples. Les inclusions s’enchaînent ainsi, de l’ensemble le plus petit vers le plus grand : ℕ ⊂ ℤ ⊂ 𝔻 ⊂ ℚ ⊂ ℝ. Un même nombre appartient souvent à plusieurs de ces ensembles ; rechercher le plus petit ensemble usuel revient à donner la classification la plus précise.
Exemple résolu
Classer −12/5, √49, 1/3 et √2 dans le plus petit ensemble de la chaîne précédente.
- Étape 1 : On transforme −12/5 en −2,4 : c’est un décimal qui n’est pas entier.
- Étape 2 : On calcule √49 = 7 : cette écriture avec une racine désigne un entier naturel.
- Étape 3 : Le nombre 1/3 est rationnel ; sa non-décimalité sera justifiée ci-dessous. √2 est irrationnel, comme le montrera la démonstration.
Résultat : −12/5 ∈ 𝔻 ; √49 ∈ ℕ ; 1/3 ∈ ℚ ; √2 ∈ ℝ, avec les précisions indiquées sur les plus petits ensembles.
Piège à éviter : La présence d’un symbole de racine ne suffit pas à conclure qu’un nombre est irrationnel, puisque √49 vaut 7.
À toi d'essayer
Dans quel plus petit ensemble places-tu −18/6 et 13/8 ? Justifie avec une écriture adaptée.
Voir la réponseMasquer la réponse
−18/6 = −3 appartient à ℤ et non à ℕ. 13/8 = 1,625 appartient à 𝔻 et n’est pas entier. Les deux sont aussi rationnels et réels.
Distinguer une preuve d’une observation
Pourquoi 1/3 n’est-il pas décimal ? Supposons qu’il existe un entier a et un entier naturel n tels que 1/3 = a/10ⁿ. Le produit en croix donnerait 10ⁿ = 3a. Le membre de droite serait divisible par 3. Or 10 a le même reste que 1 dans la division par 3, donc toute puissance de 10 a également pour reste 1. Cela contredit l’égalité. Cette démonstration par l’absurde prouve qu’aucune écriture décimale finie ne peut représenter exactement 1/3 ; regarder une calculatrice ne le prouverait pas.
Pour √2, supposons une écriture √2 = p/q sous forme irréductible, avec p et q entiers positifs. En élevant au carré, p² = 2q², donc p² est pair. Le carré d’un impair étant impair, p est pair. Écrivons p = 2k. Alors 4k² = 2q², puis q² = 2k² ; q est lui aussi pair. Le numérateur et le dénominateur seraient tous deux divisibles par 2, contrairement au caractère irréductible de la fraction. La supposition est donc impossible : √2 est irrationnel.
Une écriture affichée avec beaucoup de chiffres ne dit pas si le nombre est rationnel. Une valeur approchée finie est décimale ; elle peut représenter seulement une approximation d’un nombre irrationnel.
Décrire une portion de droite
Un intervalle regroupe tous les réels situés entre deux bornes, ou tous les réels situés d’un côté d’une borne. Pour a < b, [a ; b] signifie a ≤ x ≤ b ; les deux bornes sont incluses. L’écriture ]a ; b[ signifie a < x < b ; les bornes sont exclues. On peut mélanger les deux possibilités : [a ; b[ inclut a et exclut b. Le crochet se ferme vers l’intervalle lorsque la borne appartient à l’ensemble. Vérifie toujours les extrémités en les remplaçant dans l’inégalité initiale.
L’intervalle [a ; +∞[ décrit x ≥ a. L’écriture ]−∞ ; b[ décrit x < b. L’infini n’est pas un réel qui pourrait appartenir à l’ensemble : le crochet est toujours ouvert à son voisinage. Un intervalle contient tous les nombres intermédiaires. Les nombres vérifiant x < 0 ou x > 2 ne forment donc pas un seul intervalle, car les valeurs entre 0 et 2 restent absentes.
Exemple résolu
Avec I = [−2 ; 3[ et J = ]1 ; 5], déterminer I ∩ J et I ∪ J.
- Étape 1 : L’intersection garde les nombres qui appartiennent aux deux ensembles ; il faut à la fois x > 1 et x < 3.
- Étape 2 : La borne 1 est rejetée par J et la borne 3 par I : aucune des deux n’entre dans l’intersection.
- Étape 3 : La réunion garde les nombres qui appartiennent à au moins un des deux ensembles. Les bandes se recouvrent, donc aucun trou ne sépare −2 de 5.
Résultat : I ∩ J = ]1 ; 3[ et I ∪ J = [−2 ; 5].
Piège à éviter : Mettre un crochet fermé en 3 dans l’intersection serait faux : 3 appartient à J mais pas à I.
À toi d'essayer
Un appareil accepte une température t telle que −4 < t ≤ 6. Une seconde contrainte impose t ≥ 0. Écris l’ensemble des températures qui satisfont les deux contraintes.
Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.
Encadrer et arrondir avec précision
Un encadrement donne deux bornes entre lesquelles se trouve un nombre. Son amplitude est la différence entre la borne supérieure et la borne inférieure. Pour encadrer √2 au centième, on compare des carrés de nombres positifs : 1,41² = 1,9881 et 1,42² = 2,0164. Comme le carré conserve l’ordre entre nombres positifs, 1,41 < √2 < 1,42. L’amplitude est 0,01. Cette comparaison prouve les deux inégalités sans dépendre des chiffres affichés par une calculatrice.
Arrondir consiste à retenir la valeur la plus proche à la précision choisie. Pour départager 1,41 et 1,42, on compare √2 au milieu 1,415. Son carré vaut 2,002225, donc √2 < 1,415 : l’arrondi au centième est 1,41. Dans un problème de mesure, la précision demandée dépend des données et de l’usage du résultat. Écrire dix décimales n’améliore pas une mesure donnée au millimètre. On conserve les valeurs exactes dans les étapes, puis on arrondit le résultat final.
Exemple résolu
Encadrer √7 par deux dixièmes consécutifs puis donner son arrondi au dixième.
- Étape 1 : On calcule 2,6² = 6,76 et 2,7² = 7,29 : 2,6 < √7 < 2,7.
- Étape 2 : Le milieu des deux bornes est 2,65 ; son carré vaut 7,0225, qui est supérieur à 7.
- Étape 3 : Le nombre √7 est donc plus proche de 2,6 que de 2,7.
Résultat : Encadrement d’amplitude 0,1 : 2,6 < √7 < 2,7. Arrondi au dixième : 2,6.
Piège à éviter : Choisir systématiquement la borne inférieure ne définit pas un arrondi : il faut comparer au milieu.
Vers le bac : traduire et justifier une contrainte
- Nommer la variable et préciser qu’elle est réelle ; traduire chaque phrase en inégalité.
- Choisir intersection pour deux exigences simultanées et réunion pour des possibilités alternatives.
- Contrôler chaque borne dans les conditions de départ et donner la réponse dans le contexte.
- Distinguer valeur exacte, encadrement et arrondi ; justifier la précision retenue.
On peut automatiser un balayage de √2 sans lui confier la preuve. En Python, on initialise n = 0 puis on augmente n tant que (n + 1)² ≤ 20000. L’arrêt se produit pour n = 141. Les deux quotients n/100 et (n + 1)/100 donnent les bornes recherchées. Les comparaisons portent sur des entiers, ce qui évite de prendre un affichage décimal approché pour une égalité exacte. Le raisonnement sur les carrés justifie ensuite que l’encadrement obtenu est correct.
À toi d'essayer
Un élève affirme que le complémentaire de [−1 ; 2[ dans ℝ est un intervalle. Décide si c’est vrai et écris l’ensemble exact.
Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.
Faire le point
Vocabulaire
- Rationnel :
- Nombre qui admet une écriture comme quotient de deux entiers, de dénominateur non nul.
- Intersection :
- Ensemble des éléments communs aux deux ensembles considérés.
- Réunion :
- Ensemble des éléments appartenant à au moins un des deux ensembles.
- Amplitude :
- Différence entre les bornes supérieure et inférieure d’un encadrement.
Bilan des méthodes
| Question | Réflexe |
|---|---|
| Nature d’un nombre | Simplifier son écriture avant de classer. |
| Bornes incluses ou exclues | Tester les valeurs frontières. |
| Deux contraintes simultanées | Chercher les éléments communs. |
| Valeur approchée | Donner la précision et distinguer l’arrondi des bornes. |
Le symbole égal relie deux valeurs identiques. Pour une approximation, utilise ≈. Remplacer √2 par 1,41 avec un signe égal change la valeur du nombre ; la différence ne disparaît pas parce qu’elle est petite.
À retenir
- Les inclusions ℕ ⊂ ℤ ⊂ 𝔻 ⊂ ℚ ⊂ ℝ permettent de situer les nombres.
- Un intervalle décrit tous les réels entre ses bornes, avec des extrémités incluses ou exclues.
- Une intersection exprime deux conditions simultanées ; une réunion exprime au moins une condition.
- Un encadrement possède deux bornes ; l’arrondi retient une valeur approchée à une précision donnée.
Fiche de révision
Pour classer 9/4, écrire 2,25 puis conclure que le plus petit ensemble est 𝔻.
Traduction pratique
x ≥ 3 devient [3 ; +∞[ ; ne jamais inclure l’infini.
Contrôle des bornes
remplacer séparément chaque extrémité dans la condition initiale.
Pour une racine positive, comparer les carrés des bornes ; pour l’arrondi, comparer au milieu.
Questions fréquentes
Une fraction désigne-t-elle toujours un nombre non décimal ?
Non. 3/4 = 0,75 est décimal ; c’est la valeur du nombre, et non l’apparence de son écriture, qui détermine sa nature.
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