Décrire les échelles de biodiversité
Comparer écosystèmes, espèces et diversité génétique avec des relevés, des proportions et des séquences d’ADN.
Environ 45 minutes
- Distinguer trois échelles de biodiversité.
- Comparer richesse spécifique et abondance.
- Relier allèles et mutations à la diversité génétique.
- Définir un échantillonnage comparable.
Deux milieux possèdent-ils la même biodiversité lorsqu’on y trouve le même nombre d’espèces ?
La réponse demande plusieurs niveaux d’observation. On examine les écosystèmes, les espèces et les différences entre individus, en tenant compte de la méthode et de la date du relevé.
1. Trois échelles pour décrire le vivant
La biodiversité désigne la diversité du vivant et sa dynamique. Elle s’observe à l’échelle des écosystèmes, des espèces et des individus d’une même espèce. Ces échelles se complètent : un inventaire de noms d’espèces ne décrit ni les milieux, ni les différences génétiques entre individus. La biodiversité change aussi au cours du temps. Une photographie prise lors d’une sortie donne donc un état local et daté, jamais une image définitive de tout le vivant.
Un écosystème associe un milieu, les êtres vivants qui le peuplent et leurs interactions. Une mare et une prairie diffèrent par leurs conditions physiques et par les organismes présents. Dans une mare, la quantité d’eau, la lumière et la température influencent les relations entre producteurs, consommateurs et décomposeurs. Pour décrire une diversité d’écosystèmes, il faut comparer plusieurs ensembles de ce type. Un écosystème très complexe ne suffit pas, à lui seul, à prouver une grande diversité d’écosystèmes sur un territoire.
La diversité spécifique concerne les espèces. La richesse spécifique est le nombre d’espèces reconnues dans une zone ou dans un échantillon. L’abondance d’une espèce correspond au nombre d’individus comptés ; son abondance relative est la part qu’elle représente dans le total. Deux relevés peuvent avoir la même richesse tout en présentant des répartitions très différentes. Ces indicateurs ne permettent pas de résumer toute la biodiversité par un seul chiffre.
Exemple résolu
Lors d’une sortie, on décrit une mare et une prairie, on identifie quatre espèces de plantes dans la prairie et on observe plusieurs couleurs de fleurs chez une même espèce. À quelles échelles correspondent ces observations ?
- Étape 1 : La comparaison mare-prairie porte sur des milieux, leurs peuplements et leurs interactions : échelle des écosystèmes.
- Étape 2 : L’identification de plusieurs espèces végétales relève de la diversité spécifique.
- Étape 3 : Les couleurs différentes au sein de la même espèce relèvent d’une diversité entre individus.
- Étape 4 : Une différence visible ne prouve pas encore son origine génétique : les conditions du milieu peuvent intervenir.
Résultat : Les trois échelles sont présentes. La variation de couleur est une diversité observable entre individus, dont les causes restent à étudier.
Piège à éviter : Compter chaque couleur comme une espèce différente confond variation individuelle et diversité spécifique.
À toi d'essayer
Deux parcelles abritent les mêmes espèces végétales. Peut-on en conclure qu’elles possèdent exactement la même biodiversité ?
Voir la réponseMasquer la réponse
Non. Les effectifs, les variations génétiques au sein des espèces, les autres groupes d’organismes et les interactions peuvent différer. La liste des plantes ne décrit qu’une partie de la biodiversité.
2. Identifier une espèce et compter des individus
L’espèce est un concept construit par les scientifiques pour classer et étudier le vivant. Pour de nombreux organismes à reproduction sexuée, on utilise comme critère la possibilité de se reproduire entre eux et de donner une descendance viable et fertile. La ressemblance aide à l’identification mais ne suffit pas toujours : des individus très différents peuvent appartenir à la même espèce, tandis que des espèces distinctes peuvent beaucoup se ressembler.
Le critère de reproduction a des limites lorsqu’on étudie des fossiles, des organismes à reproduction asexuée ou des populations qu’on ne peut pas faire se rencontrer. Les scientifiques emploient alors d’autres caractères et des comparaisons génétiques. Une clé de détermination permet d’identifier un organisme à partir de caractères observables. Il faut suivre les choix successifs de la clé et vérifier plusieurs caractères, plutôt que de s’arrêter au premier détail ressemblant à une photographie.
Exemple résolu
Dans le relevé A de la figure, les trois espèces comptent 8, 1 et 1 individus. Dans B, elles comptent 4, 3 et 3 individus. Compare la richesse et l’abondance relative de l’espèce 1.
- Étape 1 : Compter les catégories présentes : trois espèces dans chaque relevé.
- Étape 2 : Vérifier le total : 8 + 1 + 1 = 10 dans A et 4 + 3 + 3 = 10 dans B.
- Étape 3 : Calculer la part de l’espèce 1 : 8/10 = 80 % dans A et 4/10 = 40 % dans B.
- Étape 4 : Décrire la différence sans inventer un indice global : A est davantage dominé par l’espèce 1.
Résultat : La richesse observée est identique, mais l’abondance relative de l’espèce 1 est deux fois plus élevée dans A que dans B.
Piège à éviter : Une forte abondance d’une espèce ne signifie pas qu’un relevé contient davantage d’espèces.
Pour comparer deux milieux, la méthode doit être comparable : même surface, même durée, même période et groupes recherchés identiques. Sinon, une richesse observée plus élevée peut simplement résulter d’un effort de recherche plus important. Des espèces discrètes peuvent aussi échapper au relevé. Une absence de détection n’est donc pas une preuve de disparition locale, surtout lorsque la méthode permet difficilement de repérer l’espèce.
Échantillonner sans confondre observation et totalité
- Définis la question et le groupe observé : plantes de prairie, invertébrés ou autre ensemble précis.
- Choisis des zones de relevé comparables, réparties par tirage au sort ou selon un protocole explicite.
- Identifie et compte sans détruire les habitats ; respecte les règles locales de protection et de sécurité.
- Consigne date, surface, durée, météo et méthode, puis répète les relevés.
- Compare les résultats en indiquant les limites de détection ; un tableur peut calculer totaux et proportions.
À toi d'essayer
Une équipe cherche des insectes vingt minutes dans une prairie et deux heures dans un bois. Elle trouve davantage d’espèces dans le bois. Quelle modification du protocole permettrait une comparaison plus solide ?
Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.
3. Décrire la diversité au sein d’une espèce
La diversité génétique repose sur des différences de séquence d’ADN. Un gène peut exister sous plusieurs versions appelées allèles. Des mutations, modifications de la séquence, sont à l’origine de nouvelles versions au cours des générations. Tous les individus d’une même espèce ne portent donc pas nécessairement les mêmes allèles. Cela n’implique pas que toutes les différences observables soient génétiques : alimentation, température ou éclairage peuvent aussi influencer des caractères.
Comparer des séquences demande d’examiner la même portion d’ADN et d’aligner les positions correspondantes. Un logiciel peut signaler les positions différentes et calculer leur nombre. On conserve la longueur du fragment comparé pour exprimer une proportion de différences. On ne déduit pas automatiquement une fonction ou une différence d’espèce d’une seule substitution : il faut savoir quel fragment est étudié et disposer d’autres informations.
Exemple résolu
Les fragments alignés de la figure comportent six nucléotides chacun. Détermine le nombre de positions différentes et leur proportion. Peut-on conclure que les individus appartiennent à deux espèces différentes ?
- Étape 1 : Comparer les positions une à une : les positions 1, 2, 4, 5 et 6 sont identiques.
- Étape 2 : La troisième position diffère : G dans le premier fragment et C dans le second.
- Étape 3 : La proportion de différences est 1/6, soit environ 16,7 % sur ce très court fragment.
- Étape 4 : Limiter la conclusion au fragment : une variation d’ADN est constatée, mais l’appartenance à une espèce demande d’autres critères.
Résultat : Une position sur six diffère. Ce résultat montre une variabilité de séquence ; il ne suffit pas à identifier deux espèces.
Piège à éviter : Le pourcentage sur six bases ne représente pas le pourcentage de différence entre les génomes entiers.
Une variation de séquence peut avoir une conséquence sur le fonctionnement d’une molécule, ou ne pas entraîner d’effet observable dans les conditions étudiées. Pour relier un allèle à un caractère, il faut des données supplémentaires. Dans une population, on peut étudier à la fois les fréquences de certaines versions d’ADN et les caractères visibles, mais une association observée n’explique pas à elle seule tous les mécanismes. Les forces qui modifient les fréquences au fil des générations seront étudiées ensuite.
À toi d'essayer
Des plantes d’une même espèce deviennent plus petites dans une zone sèche. Les séquences du fragment étudié sont identiques dans les deux zones. Un élève conclut que la sécheresse a créé un nouvel allèle. Que lui réponds-tu ?
Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.
4. Participer à une observation suivie
Une campagne de sciences participatives rassemble des observations selon un protocole commun. Elle peut suivre un groupe d’espèces, les dates d’apparition ou l’occupation d’un territoire. Son intérêt tient à la comparaison de relevés répétés et documentés. Pour contribuer, on suit les critères d’identification du programme, on indique les incertitudes et on évite de transformer une identification hésitante en certitude. Une photographie peut aider à vérifier une identification sans prélever l’organisme.
Les résultats doivent conserver la trace du protocole. Si une méthode change d’une année à l’autre, un écart apparent peut venir de cette modification. On distingue donc évolution du vivant et évolution de l’observation. Un inventaire local fournit des indices pour comprendre un milieu, mais ne mesure ni toutes les espèces de la planète ni toute la diversité génétique. Cette prudence rend la comparaison plus utile : elle permet de savoir ce que les chiffres décrivent réellement.
Vers le bac : comparer deux descriptions de biodiversité
- Nomme l’échelle étudiée et la population observée.
- Présente les effectifs, la richesse ou la variation de séquence avec leur méthode de mesure.
- Effectue le calcul utile sans changer de dénominateur.
- Relie la comparaison à la question et distingue observation et explication.
- Précise les autres échelles et les limites du protocole qui restent à examiner.
Vocabulaire
- Biodiversité :
- Diversité du vivant aux différentes échelles et sa dynamique.
- Écosystème :
- Milieu, êtres vivants et interactions qui les associent.
- Richesse spécifique :
- Nombre d’espèces reconnues dans un ensemble défini.
- Abondance relative :
- Part d’une espèce dans l’effectif total observé.
- Allèle :
- Version d’un gène.
- Mutation :
- Modification d’une séquence d’ADN.
Erreurs fréquentes : confondre espèce et individu ; parler de diversité des gènes à la place de diversité des allèles ; attribuer chaque différence visible à une mutation ; comparer des relevés de durées très différentes ; conclure sur un génome à partir d’un fragment.
Bilan
| Échelle | Données utiles |
|---|---|
| Écosystèmes | Milieux, peuplements et interactions comparés |
| Espèces | Identifications, richesse et abondances |
| Individus d’une espèce | Caractères observables et variantes d’ADN |
| Suivi dans le temps | Relevés répétés avec une méthode comparable |
À retenir
- La biodiversité se décrit aux échelles des écosystèmes, des espèces et des individus.
- La richesse spécifique est un nombre d’espèces ; elle ne mesure pas leurs abondances.
- La diversité génétique comprend la coexistence de versions différentes d’un même gène.
- Les mutations sont à l’origine de nouvelles variations de séquence.
- Les résultats d’un inventaire dépendent du protocole et de l’effort d’observation.
Fiche de révision
Choisir l’indicateur
compter des espèces répond à une autre question que compter tous les individus.
Calcul pratique
avec 12 individus sur un total de 30, l’abondance relative vaut 40 %.
Séquence
aligner les mêmes positions ; annoncer la longueur comparée avant un pourcentage.
Interprétation
ressemblance, appartenance à une espèce et identité génétique ne sont pas équivalentes.
Questions fréquentes
Deux individus différents peuvent-ils appartenir à la même espèce ?
Oui. Une espèce peut présenter une diversité importante de caractères et d’allèles.
Un relevé sans observation prouve-t-il une absence ?
Non. Certaines espèces ne sont pas détectables avec toutes les méthodes ou à toutes les périodes.
Et maintenant ?
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