Analyser les réseaux sociaux

Modéliser des relations par un graphe, mesurer des distances, comprendre les recommandations et agir face aux cyberviolences.

Environ 50 minutes

  • Représenter des relations par un graphe et distinguer groupes et ponts
  • Calculer distance, rayon, diamètre et centre d’un graphe simple
  • Expliquer avec prudence recommandations, identité numérique et revenus des plateformes
  • Identifier des ressources d’aide face aux cyberviolences
Sommaire
  1. Représenter des relations sans les confondre avec des amitiés
  2. Mesurer la proximité dans un graphe simple
  3. Comprendre ce qu’une plateforme sait et finance
  4. Agir face à une cyberviolence

Comment un lien entre deux comptes peut-il changer ce que chacun voit ?

Un réseau social rapproche des personnes, mais la représentation des liens ne suffit pas à expliquer les contenus affichés ou les risques rencontrés. Nous allons utiliser un petit graphe fictif pour mesurer des relations, puis examiner les choix des plateformes et les moyens d’agir face à une cyberviolence.

Représenter des relations sans les confondre avec des amitiés

Une plateforme de réseau social met des personnes en relation et leur permet de publier, partager ou réagir à des contenus. La relation peut être réciproque, comme une demande d’amitié acceptée, ou orientée, comme un abonnement à un compte qui ne s’abonne pas en retour. Il faut préciser ce que représente un lien avant de dessiner un graphe. Dans le modèle simple de cette leçon, chaque sommet est un compte fictif et chaque arête représente une relation réciproque. Un trait ne mesure ni la confiance ni l’intensité de la relation.

La figure montre deux triangles, A–B–C et D–E–F, reliés uniquement par l’arête C–D. Dans chaque triangle, chaque compte a des liens avec les deux autres ; on peut parler de deux groupes fortement connectés. C et D forment un pont entre ces groupes. Si l’arête C–D est retirée, les deux groupes deviennent séparés et aucun chemin ne les relie. Dans un réseau réel, les personnes ont souvent plusieurs types de liens ; représenter seulement les abonnements, par exemple, ne raconte pas la même histoire que représenter les échanges de messages.

L’arête C–D est le seul passage entre les deux groupes de ce graphe fictif.

Une plateforme peut suggérer un compte parce que plusieurs relations sont communes, ou proposer du contenu en tenant compte des comptes suivis et des interactions passées. Ce sont des exemples de critères possibles, pas une description universelle de tous les algorithmes. Un groupe où les mêmes contenus circulent souvent peut renforcer certaines idées et laisser d’autres points de vue moins visibles. Le graphe décrit des possibilités de circulation, mais la plateforme peut classer, limiter ou amplifier les publications. Le nombre de liens seul ne permet donc pas de prédire combien de personnes verront un message.

À toi d'essayer

On retire l’arête C–D du graphe. Combien de composantes connexes obtient-on et pourquoi ?

Coup de pouce : Une composante est un ensemble de sommets reliés par des chemins.

Voir la réponse

Deux composantes connexes : A, B, C restent reliés entre eux, de même que D, E, F, mais aucun chemin ne relie les deux groupes.

Mesurer la proximité dans un graphe simple

La distance entre deux sommets est le nombre d’arêtes du plus court chemin qui les relie. Dans la figure, A et C sont voisins : leur distance vaut 1. Pour aller de A à F, le chemin A–C–D–F traverse trois arêtes ; sa distance vaut 3. Le détour A–B–C–D–E–F est plus long et ne définit pas la distance. Dans un graphe non connexe, aucun chemin ne relie certains sommets ; on ne leur attribue pas une distance finie dans ce modèle. La notion de petit monde désigne la possibilité de relier beaucoup de personnes en peu d’étapes, même dans un grand réseau ; elle ne dit pas que toute personne connaît réellement toutes les autres.

Le chemin A–C–D–F utilise trois arêtes ; la distance de A à F vaut 3.

Pour un sommet, l’excentricité est sa plus grande distance à un autre sommet du graphe connexe. Le rayon du graphe est la plus petite excentricité ; son diamètre, la plus grande distance entre deux sommets. Un centre est un sommet dont l’excentricité égale le rayon. Dans notre graphe, C est à une arête de A, B et D, puis à deux arêtes de E et F : son excentricité vaut 2. D est symétrique et a aussi une excentricité de 2. A, B, E et F atteignent une distance maximale de 3. Le rayon vaut donc 2, le diamètre 3 et les centres sont C et D.

Exemple résolu

Dans le graphe à deux triangles reliés par C–D, trouve la distance A–F, puis le rayon, le diamètre et les centres.

  1. Étape 1 : Le plus court chemin A–C–D–F compte trois arêtes : distance A–F = 3.
  2. Étape 2 : Pour C, les distances vers A, B, D, E et F sont 1, 1, 1, 2 et 2 : excentricité 2. D donne la même valeur.
  3. Étape 3 : Pour A, B, E et F, le sommet le plus éloigné est à distance 3 : excentricité 3.
  4. Étape 4 : Prendre le minimum des excentricités pour le rayon et le maximum des distances pour le diamètre.

Résultat : Distance A–F = 3 ; rayon = 2 ; diamètre = 3 ; centres = C et D.

Piège à éviter : Le centre d’un graphe n’est pas nécessairement le sommet qui a le plus de liens : il se définit par sa distance maximale aux autres.

Ces mesures décrivent le graphe choisi, pas toute la société. Si on remplace des relations réciproques par des abonnements orientés, les chemins peuvent ne plus fonctionner dans les deux sens. Si des liens sont cachés par les réglages de confidentialité, le graphe observé peut être incomplet. Dans un exercice, annonce toujours le modèle, vérifie que le graphe est connexe avant de calculer rayon et diamètre, puis énumère les plus courts chemins utiles. Dessiner le graphe aide à éviter d’oublier un raccourci.

À toi d'essayer

On ajoute une arête directe entre A et F. Quelle est maintenant la distance A–F ? Peut-on en déduire, sans autre calcul, que le diamètre du graphe vaut 1 ?

Coup de pouce : Distingue une distance particulière de la distance maximale de tout le graphe.

Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.

Comprendre ce qu’une plateforme sait et finance

Ton identité numérique se compose d’informations que tu publies et d’éléments associés à ton activité. Le profil choisi, les commentaires visibles et les photos partagées contribuent à l’image qu’autrui peut percevoir : c’est un aspect de l’e-réputation. S’identifier consiste à annoncer quel compte on veut utiliser ; s’authentifier consiste à prouver qu’on en a le droit, par exemple avec un mot de passe ou un autre facteur. Un nom affiché n’est pas une preuve d’identité réelle : un compte peut être usurpé. Avant de communiquer une information sensible, vérifie l’interlocuteur par un autre canal fiable.

Une plateforme peut tirer des revenus de la publicité, de services payants ou d’autres prestations selon son modèle. Un service accessible sans paiement direct peut tout de même être financé par l’attention des utilisateurs et par la vente d’espaces publicitaires ciblés. Cela ne signifie pas nécessairement que la plateforme vend le fichier brut des données personnelles à chaque annonceur : elle peut utiliser ses données pour sélectionner l’audience d’une annonce. Les conditions d’utilisation et les règles de confidentialité expliquent les traitements annoncés ; il faut les consulter pour un service précis plutôt que d’attribuer le même fonctionnement à tous.

Exemple résolu

Une application propose gratuitement un fil de vidéos et affiche une annonce liée à des sujets récemment consultés. Que peut-on déduire, et que ne peut-on pas prouver ?

  1. Étape 1 : Observer l’annonce et les interactions précédentes ; noter leur possible relation sans l’affirmer comme cause certaine.
  2. Étape 2 : Identifier une source de revenu possible : l’annonceur paie pour afficher une publicité.
  3. Étape 3 : Repérer les données susceptibles d’aider au classement, comme les abonnements et les interactions.
  4. Étape 4 : Vérifier dans les paramètres et la politique du service quelles données sont déclarées utilisées.

Résultat : On peut expliquer un mécanisme possible de recommandation et de publicité ciblée. Cette seule annonce ne prouve pas la vente des données brutes ni l’algorithme exact employé.

Piège à éviter : Confondre corrélation observée et preuve du fonctionnement interne conduit à une conclusion excessive.

Pour limiter l’exposition, examine la visibilité du profil et des publications, la liste des abonnés, les autorisations des applications tierces et les options de personnalisation publicitaire. Un compte privé peut limiter l’audience directe, mais une personne autorisée à voir une publication peut encore la copier ou la retransmettre. Réfléchis à la persistance possible des contenus avant de publier un document sur toi ou sur autrui. Utilise des mots de passe distincts et une méthode d’authentification renforcée lorsqu’elle est disponible. Ces gestes réduisent certains risques ; ils ne garantissent pas qu’aucune information ne circulera.

À toi d'essayer

Deux comptes suivent les mêmes personnes, mais l’un voit une publicité différente. Quelle explication prudente proposes-tu et quelle vérification ferais-tu ?

Coup de pouce : Une observation d’écran ne révèle pas tout le traitement.

Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.

Agir face à une cyberviolence

Les réseaux sociaux peuvent servir à diffuser des insultes répétées, des menaces, de fausses accusations, des propos discriminatoires ou des images intimes sans accord. Le mot cyberviolence couvre des situations différentes : chacune demande une réponse adaptée. Il ne faut pas partager à nouveau un contenu nuisible sous prétexte de le dénoncer, car cette rediffusion peut étendre le préjudice. La responsabilité d’une violence appartient à ses auteurs, pas à la personne qui la subit. Un témoin peut aider en refusant d’amplifier le contenu et en orientant la personne vers des adultes et des services compétents.

L’article 222-33-2-2 du code pénal vise le harcèlement par des propos ou comportements répétés dégradant les conditions de vie et affectant la santé. Il prévoit aussi certains cas où plusieurs personnes participent aux actes, même si chacune n’a pas répété seule ses propos ; l’usage d’un service en ligne constitue une circonstance prévue par le texte. Une situation concrète relève d’une appréciation juridique : cette leçon ne la qualifie pas à la place des autorités. Elle montre qu’un enchaînement de publications ne devient pas anodin parce qu’il est numérique ou réparti entre plusieurs comptes.

Exemple résolu

Un groupe diffuse plusieurs messages humiliants sur une élève et partage une photographie sans son accord. Un camarade voit ces publications. Que peut-il faire sans aggraver la situation ?

  1. Étape 1 : Ne pas commenter, approuver ni republier les messages ou la photographie.
  2. Étape 2 : Conserver les éléments utiles au signalement sans les diffuser davantage : liens, dates et captures nécessaires, dans un espace sûr.
  3. Étape 3 : Signaler les contenus à la plateforme et prévenir rapidement un adulte de confiance ou l’établissement.
  4. Étape 4 : Proposer à l’élève d’obtenir de l’aide ; le 3018 est le dispositif national d’aide et de signalement pour le harcèlement et le cyberharcèlement.

Résultat : Le témoin peut interrompre l’amplification, faciliter le signalement et chercher une aide humaine. Il ne doit pas mener une enquête publique ni exposer davantage la victime.

Piège à éviter : Répondre par une publication insultante ou partager l’image « pour montrer la preuve » peut accroître le dommage.

Si tu es visé, ne reste pas seul avec la situation. Parle à un adulte de confiance, à l’équipe de ton établissement ou contacte le 3018 ; ce service national est annoncé par le ministère de l’Éducation nationale. Signale le compte ou le contenu sur la plateforme et demande de l’aide pour les démarches si nécessaire. Si un danger immédiat existe, cherche sans attendre une aide d’urgence auprès des personnes et services compétents. Les paramètres de confidentialité et le blocage d’un compte peuvent aider, mais ils ne remplacent pas une prise en charge. Personne n’a à prouver seul que ce qu’il vit est « assez grave » pour demander de l’aide.

Vers le bac : analyser un réseau et ses effets

  1. Définis le type de relation représenté par les arêtes ; précise si les liens sont orientés ou réciproques.
  2. Calcule les distances sur le graphe donné, puis distingue résultats du modèle et vie réelle.
  3. Explique quel choix technique ou économique peut modifier la visibilité d’un contenu, sans inventer l’algorithme.
  4. Dans une situation de cyberviolence, distingue les faits observés, les ressources d’aide et les questions juridiques à ne pas trancher seul.

Vocabulaire

Sommet :
Compte ou personne représenté dans un graphe, selon le modèle choisi.
Arête :
Relation représentée par un trait entre deux sommets.
Distance :
Nombre d’arêtes du plus court chemin entre deux sommets reliés.
Excentricité :
Plus grande distance d’un sommet aux autres dans un graphe connexe.
Rayon :
Plus petite excentricité des sommets d’un graphe connexe.
Diamètre :
Plus grande distance entre deux sommets d’un graphe connexe.
Centre :
Sommet dont l’excentricité égale le rayon.
Authentification :
Vérification qu’une personne peut utiliser le compte qu’elle présente.
E-réputation :
Image d’une personne ou organisation telle qu’elle peut se construire à partir de contenus en ligne.
Attention :

Erreurs fréquentes : confondre abonnement et amitié ; confondre degré d’un sommet et centre du graphe ; présenter une recommandation comme une preuve de l’algorithme ; affirmer que les données brutes sont toujours vendues ; rediffuser un contenu nuisible pour le dénoncer.

Bilan

Ce que le modèle montreCe qu’il faut vérifier
Des groupes et des pontsLa définition des liens et les données manquantes.
Des distances, un rayon, un diamètreLa connexité et les plus courts chemins.
Des contenus recommandésLes critères déclarés et les réglages du service.
Une cyberviolence possibleLes faits, l’aide humaine et le signalement.

À retenir

  • Un graphe représente des comptes par des sommets et des relations définies par des arêtes ; le modèle ne mesure pas l’amitié.
  • Dans un graphe connexe, la distance est le nombre d’arêtes du plus court chemin ; le rayon est la plus petite excentricité et le diamètre la plus grande distance.
  • Un centre est un sommet dont l’excentricité vaut le rayon ; un pont peut relier deux groupes.
  • Une plateforme peut financer un service par la publicité et utiliser des données pour classer des contenus ; son fonctionnement précis se vérifie pour chaque service.
  • L’article 222-33-2-2 du code pénal traite du harcèlement, y compris dans certaines situations numériques ; le 3018 est une ressource nationale d’aide et de signalement.

Fiche de révision

Dessine le graphe en écrivant ce que signifie une arête. Vérifie d’abord si tous les sommets sont reliés avant de calculer les distances maximales.

Pour chaque sommet, cherche son plus éloigné : cette distance est son excentricité. Le plus petit résultat donne le rayon ; le plus grand donne le diamètre.

Une suggestion ou une publicité observée peut avoir plusieurs causes. Décris l’indice et cherche les informations du service avant de conclure.

Face à une publication nuisible, ne l’amplifie pas. Préserve les éléments utiles au signalement et demande de l’aide à une personne de confiance ou au 3018.

Questions fréquentes

Un compte avec le plus d’abonnés est-il toujours le centre du graphe ?

Non. Le centre dépend de la distance maximale aux autres sommets, pas du nombre de liens directs.

Une publicité ciblée prouve-t-elle la vente de mes données brutes ?

Non. Elle peut résulter d’un ciblage réalisé par la plateforme elle-même ; il faut vérifier le fonctionnement déclaré du service.

Que peut faire un témoin de cyberviolence ?

Ne pas rediffuser le contenu, signaler les faits, prévenir un adulte de confiance et orienter vers une aide telle que le 3018.

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